fantastique et merveilleux dans l'art surréaliste

  Pourquoi parler du fantastique surréaliste? Parce qu’il a été revendiqué par eux, par Breton. Quelle figure prend-t-il alors?

          La définition classique indique que le fantastique fait surgir dans le réel, un élément surnaturel destiné à effrayer les personnages et les lecteurs.           

À cette définition, préférons celle de Roger Caillois dans Au cœur du fantastique : «  tout le fantastique est rupture de l’ordre reconnu... » Le fantastique s’oppose en effet au quotidien, à l'image que l’on se fait de la réalité, il est une claque donnée aux règles établies. Avec le fantastique, apparaît le déséquilibre mais aussi une communion entre le récit et le lecteur, entre l’œuvre et le  spectateur.

          La définition du surréalisme par Breton apparente ce mouvement au fantastique; il est en effet selon lui « une dictée de la pensée en absence de tout contrôle exercé par la raison          en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale. »

      

Un   fantastique admiré:

         

Pour les surréalistes, le fantastique apparaît comme un espace de transgression libérateur dans lequel ils se retrouvent. C’est seulement à l’approche du fantastique, en ce point où la raison humaine perd son contrôle, qu’a toutes les chances de se traduire l’émotion la plus profonde de l’être.

Pour Breton, le fantastique permet de se libérer des contraintes de la société, de la préséance, de la logique et offre à la poésie la capacité de refaire le monde.           

Dans le fantastique, il perçoit une poésie onirique qui ouvre les portes à la mise en place d’un nouvel ordre capable de concilier le rêve et la réalité, le sommeil et la veille, le désir et sa réalisation. Paul Éluard s’en fait l écho dans "Le château d’If" :          

"Belle voix grande maison

aux échos décorés de toiles d’araignée."

        

La mise en place d’images issues du romantisme noir et du fantastique apporte une dimension nouvelle au dessin comme c’est le cas dans les châteaux dessinés par Man Ray dans Château abandonné, le Château d’If, les tours d’Eliane, Sade, ou Les tours du silence ou  avec les ombres fantômes de Château abandonné et des tours du silence. 

        

 Un Fantastique transcendé

         

Avec les surréalistes, le fantastique joue d’abord avec l’ailleurs pour mieux saisir le quotidien. Paul Éluard  s’en approche dans Feu artifice lorsqu’il dit : « la nue fantastique est d’ici/Où ne s’effacent pas les ombres. »

De même les dessins de Man Ray entrechoquent des objets ou des images pour n'en faire qu'un ou une comme dans Paranoïa ou lorsqu' il déforme le réel : L'arbre rose.           

De même Dali jouait avec des animaux comme ces éléphants donc il allongeait les pattes           ou métamorphosait les corps et ces tigres qu’il faisait sortir de la gueule d'un poisson.

 

Mais comme dans L'arbre rose, on est alors dans l'immédiateté de l'image, non pas dans la mise en place d'un récit où peut s'installer un certain réalisme avant de se voir perturbé par le surgissement d'un élément surnaturel dérangeant ou terrifiant.

Dans les tours du silence par exemple, les images fantastiques sont symbolisées directement par ces ombres gigantesque qui partent à l'assaut des murailles, fantômes menaçants qui semblent sortir de nulle part et qui transforment ce décor de ruines en un lieu qui échappe aux règles physiques. "Ils voudraient avoir un corps" écrit Paul Éluard, comme s’il s'agissait d'âmes égarées désireuses de s'incarner.

 

La beauté du merveilleux

 

          Mais en réalité ce surnaturel est accepté et il se rapproche plus du merveilleux, un merveilleux non seulement accepté mais désiré, espéré parce qu’il implique l’être entier dans tout ce qui le compose à la fois en tant qu’être charnel et psychique.

Le personnage de Nadja répond parfaitement à cette définition puisqu’elle a éclairé le quotidien de Breton en y apportant une source quasi infinie d’émerveillements : « J’ai pris, du premier au dernier jour, Nadja pour un génie libre de l’air... »

Chez Paul Éluard aussi, la femme revêt une forme merveilleuse, incarnation moderne des divinités antiques qui peuplaient chaque endroit. Et élément du merveilleux, elle rend ce merveilleux désirable.

         

Le merveilleux est parcouru par la clarté de l’onirisme. Il est une transposition onirique maîtrisée. Accepter le merveilleux, c’est en effet passer de l’autre côté du miroir afin de retrouver la fraîcheur d’un inconscient débarrassé des lourdeurs de la veille.

 

La plante aux oiseaux et L'arbre rose jouent avec cette beauté du surnaturel accepté sans atteindre la mièvrerie puisqu'ils obligent l'observateur à réfléchir.

Le merveilleux surréaliste nous fait de fait entrer dans un cercle magique où il nous est possible d'identifier chaque élément du décor, chaque personnage, chaque créature, mais où rien ne semble à sa place.

 

Les secrets du merveilleux

         

Grâce au merveilleux, le poète nous conduit au cœur de son paysage intérieur, nous permettant d’accéder à son inconscient et de découvrir les secrets qui s’y cachent.

 

Rimbaud cité par les surréalistes ouvre déjà sur un ailleurs à déchiffrer dans ses Illuminations.

Et encore avant lui, le peintre allemand romantique Friedrich formulait cet aphorisme:

" Ferme ton œil physique pour voir d'abord ton tableau avec l'œil de l'esprit. Ensuite, porte à la lumière ce que tu as vu dans ta nuit, pour que cela opère sur les autres, de l'extérieur vers l'intérieur."

Avec eux nous accédons à des pans inconnus de l'univers.

Ainsi Nadja permet à Breton de « saisir un fragment du secret qu'il poursuit, secret qu'il porte en lui et qui n'est autre que lui-même. Nadja l'aide dans cette quête car elle possède le don de voir ce qui reste caché, de sentir ce que les autres ne pressentent même pas» écrit Marcel Schneider dans La littérature fantastique en France.

 

Le merveilleux chez les surréalistes se veut visionnaire

 

Les surréalistes veulent en effet reconstruire un monde idéal, utopique, dans lequel n'existeraient plus les frontières et les règles pesantes de notre société mais qui nous offrirait une liberté totale, un univers totalement différent au sein duquel la logique et la raison n'ont plus voix au chapitre, une réalité transcendée, magnifiée par la voix du poète ou le pinceau du peintre.

Dans L’arbre rose, Paul Éluard fait surgir ainsi le merveilleux qui nous dévoile un nouvel univers :

"L année est  bonne la terre enfle

Le ciel déborde dans les champs

Sur l'herbe courbe comme un ventre la rosée brûle de fleurir."

 

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