Fil et aiguille+l'ekphrasis

En quoi le poème et le dessin Fil et Aiguille symbolisent-ils le recueil des Mains Libres ? en quoi sont-ils programmatiques ?

I- les thèmes du recueil sont présents dans ce poème et dessin d’ouverture

A- la femme, qui occupe le centre du dessin de MR

→ce qui peut avoir différentes connotations

*objet de passion : Le désir, Le Don : « Elle est […] la chaleur brillante dans mes mains tendues » : la métaphore fait de la femme le cœur de la passion et ce qui l’alimente.

*objet de souffrance :- la formule « des passions sans corps » dans Fil et Aiguille, dit la souffrance, le manque

-de même dans Solitaire, la formule négative « ne…jamais » se rapporte à la femme

-ds Femme portative, on relève « je suis perdu », encore une formule négative qui a trait à la relation entre le poète et la femme

*la muse, le fil conducteur de l’œuvre : « elle est noyau figue pensée » dit le poème Le Don, à la fois le centre, la saveur et ce qui occupe l’esprit du poète.

B- la nature

-elle donne souvent un cadre aux dessins, un horizon : la montagne représentée dans Fil et Aiguille est « L’aiguille »

- un élément du dessin lui appartient parfois : les cheveux des femmes rappellent l’élément liquide, baignent parfois même dans l’eau comme dans le dessin liminaire (de début de recueil)

-la nature inspire souvent Eluard, nourrit son imaginaire, comme dans Le temps qu’il faisait le 14 mars, « sur les rivages de verdure où l’eau devient de la lumière »

C- le merveilleux : dans ce cadre souvent réaliste, surgit le surnaturel, accepté, désiré, trace de la liberté prise par les deux auteurs et qui dit le désir et la place laissée à la femme.

-dans Fil et aiguille, cette immense silhouette féminine se superpose au paysage provençal.

-dans Le tournant, une main fine saisit la falaise et est associée à la formule beaucoup plus radicale d’Eluard, qui, lui, franchit le pas « J’espère ce qui m’est interdit » tandis que la main dans le dessin n’affirme pas la même transgression (on n’en aperçoit que les doigts)

D- la création : la formule « donner naissance » et l’aiguille immense dans le dessin de MR nous introduisent dans cette dynamique ; d’ailleurs, texte et tissu ont la même étymologie « textus », le texte étant un tissu de significations. De même, le recueil les Mains libres est un ouvrage « tissé à deux » et dont le sens naît du dialogue entre les dessins et les poèmes.

Le fil est d’ailleurs un motif qui revient : dans Solitaire, Les Mains libres, L’attente.

Transition : « Qui peut vivre seul » dit le poème Solitaire, tandis que les mains sur le dessin sont retenues entre elles par un fil : la création à deux est un des thèmes importants du recueil, affirmé dès Fil et aiguille.

II- Fil et aiguille est aussi symbolique du lien particulier qui unit les deux artistes

A- La liberté affirmée par Eluard, face aux dessins de MR, s’affiche dès Fil et aiguille

Eluard pratique de manière originale un motif antique : l’ekphrasis, càd la description d’une œuvre d’art. Homère dans l’Iliade, est très fidèle lorsqu’il donne à voir le bouclier d’Achille ; on croit voir dans les moindres détails cet objet mythique.

Avec Eluard, on a sous les yeux une libre interprétation du dessin, même si le lien est souvent saisissable, imaginable, comme dans Fil et aiguille : cette femme dessinée par un fil mais dont le corps est vide peut être reliée à la formule « des passions sans corps ».

Dans Château abandonné, Eluard nous dit ce qu’il voit dans cette demeure représentée par MR : « il n’y eut plus que mort fondée / Sur le silence et sur l’obscurité. » Le lien peut être qu’Eluard connote négativement châteaux, murailles et tours, associés pour lui au passé, à l’enfermement, à l’obscurité.

B- une même épure dans Fil et aiguille et l’ensemble du recueil :

→refus de la rhétorique chez Eluard visible dans ce poème liminaire dont les deux verbes sont à l’infinitif et au présent .

 

-ailleurs dans le recueil, usage d'énoncés simples: 8 poèmes ne sont constitués que de phrases nominales: "Le Désir", "La Femme et le poisson", "Le Mannequin", "La liberté"

 

-dominent les phrases indépendantes, svt en parataxe (juxtaposition de prop sans qu'elles soient reliées par une conjonction). Les Yeux stériles:

"Elle est comme un bourgeon

L'espace de la flamme

Candide elle a l'arôme

D'amoureux enlacés."

 

-Même simplicité ds le choix des modes: l'infinitif et l'indicatif:

*les infinitifs, atemporels, peuvent correspondre à une injonction ou un simple constat :  "L'Angoisse et l'inquiétude":

"Purifier raréfier stériliser détruire

Semer multiplier alimenter détruire."

 

→des lignes simples chez MR, très peu d’ombre, des dessins issus de croquis réalisés lors de ses deux années de voyage dans le Sud de la France et en Cornouailles ; seule complexité avec cette évocation de la solarisation dans Le Château d’If où l’homme au premier plan a un buste tout blanc alors que le deuxième plan est foncé. La solarisation permet en effet d’intégrer de la peinture dans une photo.

 

 

 

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