fin séance 2 ML composition

Métrique, prosodie, syntaxe, verbes, temps, énonciation dans Les Mains libres

*Métrique et prosodie

"Eluard, poète classique" (Henri Meschonnic)→ partage les mêmes qualités humanistes et le même souci moraliste que les grds auteurs du passé co La Rochefoucauld, La Fontaine ou La Bruyère

→ "Masque de poix

N'être que soi

Guide égaré." Narcisse, p37

 

Son style semble aussi au premier abord classique par sa simplicité, sa fluidité, sa transparence.

→"J'ai la beauté facile et c'est heureux" dit-il au db du poème intitulé La Parole, écrit en 1922.

Éluard semble assez loin des audaces dadaïstes et surréalistes.

 

Pourtant il y a bien chez lui un travail de décomposition de l'écriture poétique traditionnelle qui s'inscrit ds un mouvement initié au XIXème dès les romantiques et poursuivi par le symbolisme.

 

→Éluard cherche en effet à forger le langage le mieux adapté pour restituer sa vision du monde. Chez lui les mots s'imposent co une réalité vivante, il les laisse venir, évite les contraintes de la métrique et de la rhétorique, laisse vibrer ainsi les mots plus librement et entrer en résonance avec sa vision. → "Je n'invente pas les mots. Mais j'invente des objets, des êtres, des évènements et mes sens sont capables de les percevoir. Je me crée des sentiments."

 

▬►Concrètement ds ses textes:

*absences de ponctuation, hormis un point final bornant chaque texte. → une "manière de restituer le caractère continu du flux poétique".→ les vers correspondent chez lui aux étapes de la phrase → impression de fluidité même si les rythmes peuvent varier.

Ex: l'ampleur de "L'Arbre-rose" contraste avec la brièveté de Narcisse.

 

* il recourt aux vers libres, "segments de longueurs variables, où les accents ne sont pas fixes et où la rime ne constitue pas une obligation. (Brigitte Buffard-Moret, Introduction à la versification). → le compte des syllabes n'est pas tjrs assuré: selon les cas, on choisira donc de compter ou pas tel e caduc ou final, de faire ou pas une diérèse.

 

*il recourt aussi à l'hétérométrie qui offre une grde souplesse et lui permet d'adapter les vers au rythme de sa pensée, de sa phrase et de rendre ainsi certaines variations. → ds "La Toile blanche", le rythme décroissant imperceptible des vers, de 8, 7 puis 6 syllabes mime l'amenuisement évoqué du début à la fin du poème: on passe de la faim au "blé fiévreux des morts".

 

*même qd le poème offre une composition très classique co ds "La Femme et son poisson", p53, Eluard le formule de manière très prosaïque, évite les césures et les accents réguliers pour déjouer le confort d'une lecture trop prévisible.

"La vierge et son grillon le lustre et son écume
La bouche et sa couleur la voix et sa couronne."

→le lecteur n'a pas l'impression d'être en face d'un distique d'alexandrins!

 

Néanmoins, de nombreux poèmes des ML sont réellement d'allure régulière.

→"Fil et aiguille" est composé de quatre hexasyllabes formant deux alexandrins placés symétriquement de part et d'autre de l'anaphore centrale "A des"

 

→"C"est elle" présente un schéma assez régulier de vers pairs: 10, 8 ou 6 syllabes.

 

▬►finalement chq poème crée sa propre forme, son propre rythme, en adéquation avec son sujet co avec le dessin de Man Ray avec lq il dialogue.

La dimension visuelle du texte joue à ce titre un rôle capital.

→ex: ds "L'Arbre-rose", le dernier vers apparaît plus court et ce retrait même léger correspond bien à l'impatience du désir exprimé par "la rosée brûle de fleurir".

 

*autre aspect qui éloigne la poésie d'Eluard de la poésie classique: sa méfiance à l'endroit de la rime: "La rime est dangereuse parce qu'elle endort. La poésie doit réveiller les hommes; elle doit donc renoncer à la rime." Donner à voir, Eluard

→il leur préfère de simples assonances ou allitérations qui structurent à leur manière les poèmes.

Ex: ds "Main et fruits", p54, les sonorités rendent sensible la saveur des fruits évoqués et l'expérience enfantine rapportée ici:

"Où sont la mûre et la prunelle

Lime varech âpres délices

Et l'enfance qui sait errer

Sur des épines plus petites…"

→la dimension âcre et sucrée des fruits cités est présente ds les sonorités des mots "varech", "délices", "enfance", "sait". (vous pouvez aussi avoir d'autres interprétations)

 

*La syntaxe:

Le refus de la rhétorique se traduit d'abord par l'usage d'énoncés simples:

→8 poèmes ne sont constitués que de phrases nominales: "Le Désir", "La Femme et le poisson", "Le Mannequin", "La liberté"…

 

→ailleurs dominent les phrases indépendantes, svt en parataxe (juxtaposition de prop sans qu'elles soient reliées par une conjonction).

Ex: Les Yeux stériles, p58 :

"Elle est comme un bourgeon

L'espace de la flamme

Candide elle a l'arôme

D'amoureux enlacés."

 

→très peu de subordonnées, pf une relative, simple expansion du nom, pour décrire :"la lueur des lèvres que tu aimes…" dans le poème "Nu", p62

→deux propositions hypothétiques et une temporelle ds "Femme portative", p115.

 

*Les verbes:

Même simplicité ds le choix des modes: l'infinitif et l'indicatif:

*les infinitifs, atemporels, peuvent correspondre à une injonction ou un simple constat :

"L'Angoisse et l'inquiétude", p35:

"Purifier raréfier stériliser détruire

Semer multiplier alimenter détruire."

→le choix de l'infinitif et le mystère qu'il entretient s'accorde parfaitement avec le titre du poème.

 

*le présent, atemporel lui aussi, tellement transparent que l'énoncé en devient étrange, mystérieux à nouveau.

"…Ils sont debout

 Toi tu gardes ton équilibre…" L'Evidence

→de même que la ligne claire adoptée par Man Ray, la rareté de ses ombres, accentuent la dimension fantastique de ses dessins.

                         

On trouve aussi qq systèmes temporels alliant des présents à des passés

-qui connotent

*la perte →passés simples ds Château abandonné

*la perte ds le domaine amoureux →passés composés comme ds La Mort inutile :"Mauvaise tu ne m'as donné/ Qu'une plus grande ignorance / De la vie des autres"

-qui sont aussi utilisés pour des souvenirs liés aux amis co ds La Plage :"Tous devaient l'un à l'autre une nudité simple…"

 

*l'énonciation

Ds ct poèmes s'exprime la voix du poète soit à la 1ère ps drt tout le texte (Objets p29) soit en association avec d'autres ps: la 2ème (Solitaire: "J'aurais pu vivre sans toi…)ou la 3ème (L'attente :"Je n'ai jamais tenu sa tête ds mes mains.)

D' autres poèmes sont uniquement à la 2ème ps et supposent aussi un énonciateur (L'évidence p17, la Glace cassée p25).

Ds trois textes apparaît le "nous" qui correspond au groupe d'amis (Avignon p87: "Le calendrier aboli / Nous fûmes seuls au rendez-vous.") ou au couple, associé à un "je" et un "on" (Belle main: "… On s'est promis des paradis et des tempêtes / Notre image a gardé nos songes…").

On trouve également deux "on" impersonnels avec une tonalité ironique (Brosse à cheveux p108) ou nostalgique (Main et fruits p54).

 

*comparaisons et métaphores

Une formule de Lautréamont "Beau comme la rencontre sur une table de dissection d'un parapluie et d'une machine à coudre" résume un des principes du mouv surréaliste et fut d'ailleurs repris par Breton ds Le Manifeste du surréalisme.

Ce principe est la recherche de rapprochements inattendus, paradoxaux, improbables, d'où peut jaillir co une révélation.

→les artistes vont donc cultiver une esthétique de la surprise: collages par exemples pour les peintres, comparaisons ou métaphores surprenantes pour les écrivains.

 

Ttf ds les ML→ seulement 7 comparaisons, svt très usuelles :" comme un éclair", "Tu t'abats comme une hache" et que la présence du dessin contribue à rendre évidentes, visibles. →ex ds L'Arbre rose: "l'herbe courbe comme un ventre" est figurée par les collines ombrées dessinées par MR.

 

→les métaphores sont elles aussi rares, créées par

*l'apposition d'un nom et d'un complément: "Du blé fiévreux des morts" (La toile blanche), "la nuit d'un feu mûr" (Don), le bouquet du ciel (La lecture)

*ou l'apposition seule :"ton lit le tuteur de tes nuits" (Nu)

▬►c'est ds la grde majorité des cas moins l'étrangeté qui est visée qu'une image suggestive.

 

*la périphrase

À propos de la poésie d'Eluard, Raymond Jean écrit : "La forme qu'elle affecte le plus volontiers est celle du simple énoncé. Elle nomme, elle dit, elle désigne."

→ usage fréquent de la périphrase pour développer un mot qd il semble insuffisant pour traduire la pensée ou les sentiments du poète. Ex: "chute de clarté " pour le crépuscule, "premier jour clair" pour l'aube.

Mais ces périphrases ont une fonction poétique (≠déf de dictionnaire): elles développent un terme  par une expression qui le caractérise de mn métaphorique et ouvrent ainsi la porte à des interprétations multiples, renforcent le mystère et l'ambiguïté plus qu'elles n'expliquent le mot. Ex: ds Les Tours d'Éliane, l'espoir: "Fenêtre au fond d'une mine"; le sort : "trait d'acier sincère".

▬►la périphrase chez Éluard n'explique donc pas un mot, elle l'enrichit en jouant sur les connotations, les images mentales qu'il peut engendrer.

 

*l'ellipse

Tjrs Raymond Jean :"Cette poésie du dépouillement grammatical, du respect des mots est nécessairement une poésie de l'ellipse."→ fait la part belle à l'imaginaire du lecteur en l'incitant à combler les manques qu'elle implique, crée un univers onirique où tout est imaginable.

Contrairement à la périphrase, elle ne suggère pas en développant mais en supprimant.

*l'absence d'articles qui entoure les choses d'un halo mystérieux, qui crée pf une impression de désordre par l'accumulation de mot sans article :"Pont brûlé/Bras faible/Bâton brisé" (La peur)

*l'ellipse des verbes et de leurs sujets introduit le doute sur les ps concernées:" En vue des côtes / Entendu parler de certains poissons" (Paranoïa)

▬►par ce moyen, Éluard montre son refus de toute logique du discours et met plutôt en évidence

*le foisonnement du monde extérieur: "Ce désespoir confus / Source impalpable nuit de pluie / Loin des feuilles naissantes"(Des nuages dans les mains p95)

*et le caractère sauvage, presque animal de l'être intérieur, de ses frayeurs :"Chevelure pleine de terre / Menace insupportable / Tombe meurtrière" (La peur p104), de ses pulsions :"Jeunesse du fauve / Bonheur en sang" (Le désir p 21).

 

*l'hyperbole

Par ce procédé, Éluard souhaite donner à un objet "son plus haut degré de réalité vivante et sensible" (M. Meuraud)→ il utilise systématiquement les articles définis par lq ds ses poèmes les noms acquièrent une dimension abstraite, universelle et symbolique.

Ex: la plage devient La Plage et sa représentation idéale

//même démarche ds les dessins de MR: représentation épurée qui tend à grossir les objets représentés de manière simple.

Les titres qui proviennent de l'un ou l'autre des auteurs sont svt aussi déterminés par un article défini: Le Désir, La Liberté→ titres à valeur d'allégorie.

 

Quelques mots aussi pour caractériser les dessins de Man Ray: à la fois "réalistes et extravagants" pour reprendre ses propres mots.

 

*réalistes:

ces dessins sont une sorte de carnet de voyage; MR les a effectués pdt son séjour ds le midi de la Fr avec Éluard et Nusch en 1936 et 1937.

Ex: "Le temps qu'il faisait le 14 mars"; les paysages méditerranéens qu'on reconnaît pf: Fil et aiguille p12; Château abandonné p19…; certains lieux comme Avignon, p87, le port de Marseille p100, le château d'If p97

→ds ces dessins, MR respecte les règles traditionnelles de composition, la perspective notamment. Il restitue aussi fidèlement les jeux d'ombre et de lumière.

Même souci réaliste du détail ds la représentation des objets p76, 121, du poisson, p53, des fruits, p55, du sablier, p77 → évoque des natures mortes ou les esquisses et études que les peintres effectuaient pour leurs futurs tableaux.

 

D'autres dessins en revanche imitent la technique du collage que lui-même, comme Picasso ou Max Ernst, pratiquait (Revolving Doors).

Ex: ds le dessin Objets, un téléphone côtoie une statuette africaine; un escalier se perd ds un espace indéfini, une tour surplombe un rouleau… la perspective est ici abolie, la lumière distribuée de mn aléatoire.

 

*extravagants:

MR cherche à interpeler le spectateur, à lui donner "un rôle actif ds l'acte créateur" selon ses termes. Pour cela il reprend les techniques très particulières dont il se sert pour composer ses photographies:

→la solarisation: En photographie, inversion des tons, partielle ou totale, en exposant un négatif au cours du développement. →le sujet photographié est alors entouré d'un nimbe lumineux→ production proprement surréaliste ds la mesure où ce dédoublement réalise la fusion du réel et de l'imaginaire.→ ds les ML: la femme nue de La Mort inutile est entourée de même d'un halo mystérieux.

 

la rayographie: technique qui consiste à mettre des objets sur du papier sensible et à allumer qq secondes; le papier sous l'objet reste blanc alors que le fond est noir.→p97 et 102 qui font apparaître un ps fantomatique, en blanc sur un fond sombre.

 

la surimpression →l'image dédoublée apparaît comme une métaphore:

Ex: le fil p12 dessine une sorte de silhouette transparente, devient l'"image" de la silhouette; le clocher p118 devient crayon.

 

les dessins de MR doivent aussi bcp à la conception de l'image poétique surréaliste qui consiste à rapprocher deux réalités très diff, pas seulement pour les comparer mais pour établir entre elles un rapport juste.→ la plupart des dessins ds les ML juxtaposent ainsi des éléments sinon discordants, du moins très éloignés les uns des autres.

Ex: quel rapport entre l'entonnoir et le gant p14, entre le chapiteau et la femme p32?

→ le lien est établi en réalité par l'espace vide, propice à l'imagination qui les sépare et trouve sa traduction poétique ds l'ellipse co l'illustre le vers :"La vierge et son grillon le lustre et son écume…"→ la forme l'emporte sur le sens, ou plutôt fait sens.

 

→autre moyen dont use MR: la disproportion, comparable à l'hyperbole ds un texte littéraire, pour mettre en évidence un élément qui donnera sens à l'ensemble de l'image. Ex: 8 dessins où les mains prennent une dimension fantastique (p50, 55, 61…)→ tour à tour menaçantes et fragiles, elles semblent exprimer les désirs et les fantasmes de l'auteur. + tiennent de la métonymie p 35, ds la ms où elles paraissent symboliser un instant dramatique de la vie d'un couple: elles se croisent pour mieux indiquer une séparation, et la main de l'homme, apparemment caressante est transpercée par la tige d'une plante en pot, traduisant tout le désespoir.

 

→ct dessins de MR fonctionnent co des allégories tel La Liberté, inspirée sans doute par le tableau de Delacroix.

 

▬► le style d'Eluard correspond sur bien des points à celui de MR; tout se passe comme si le dessin avait un lg que le poème donnait à voir.

Max Morise, un des fondateurs du mouv écrivait: "…un trait de crayon est l'équivalent d'un mot."

 

                     

 

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