Homais

Introduction:

Si Emma Bovary représente l'aspiration romantique dans le roman, M. Homais, le pharmacien de Yonville, porte les couleurs du positivisme réaliste de son siècle. Il n'est certes le héros de Madame Bovary de Flaubert; cependant une large part a été accordée à ses tirades et le roman s'achève sur son triomphe. Son nom n'est-il pas d'ailleurs tiré du latin homo, l'homme, ce qui peut achever de nous convaincre de son importance dans l'économie du livre. Il est en effet selon son créateur l'homme du XIXème siècle par excellence, c'est-à-dire le bourgeois dans toute sa bêtise!

Que signifie alors précisément son triomphe final? Tout d'abord, une série de victoires que nous étudierons. Nous verrons ensuite qu'elles s'inscrivent dans un cadre précis qui lui aussi triomphe avec Homais. Mais nous remarquerons enfin que cette victoire finale se fait attendre, non sans raison.

I- A la fin du roman, le triomphe d'Homais se marque par une série de victoires.

A- la victoire contre l'aveugle qu'il réussit à faire enfermer grâce à ses articles assassins ds le Fanal de Rouen.

→victoire de la bourgeoisie contre le peuple

→victoire d'un certain type de journaliste→ Flaubert dénonce ici, tout comme Balzac dans les Illusions perdues, la toute-puissance de l'Opinion et de la Presse, lui qui aspire au contraire à un gouvernement de mandarins savants et lettrés, tout le contraire d'Homais! Car voilà la différence entre les journalistes d'envergure de la presse nationale que décrit Balzac et Homais: ce dernier tente de se débarrasser d'un aveugle grâce à un journal local… Cette victoire d'Homais signifie bien l'avènement de la Bêtise.

B- la victoire contre la religion, personnifiée par le curé Bournisien.

→ds un 1er temps, les deux adversaires finissent par se réconcilier en partageant la collation funèbre autour du cadavre d'Emma, avant de sombrer tous deux dans le sommeil, jusqu'à faire entendre un ronflement commun.

→mais cette réconciliation est de courte durée et ne suffit pas: Homais triomphe de Bournisien qui devient selon le pharmacien et les gens de Yonville, la caricature de lui-même :"D'ailleurs, le bonhomme tournait à l'intolérance, au fanatisme, disait Homais; il fulminait contre l'esprit du siècle, et ne manquait pas tous les quinze jours au sermon, de raconter l'agonie de Voltaire, lequel mourût en dévorant ses excréments comme chacun sait."

II- une autre victoire que marque ce triomphe, celui de la famille, cadre obligé de la réussite d'Homais.

La bourgeoisie se comprend d'abord par sa soif de transmettre un patrimoine et les enfants d'Homais le lui rendent bien.

A- Tandis que la stratégie familiale de Bovary est un échec, celle d'Homais connaît un succès éclatant.

"En face de [Bovary] s'étalait, florissante et hilare, la famille du pharmacien, que tout au monde contribuait à satisfaire. Napoléon l'aidait au laboratoire, Athalie lui brodait un bonnet grec, Irma découpait des rondelles de papier pour couvrir les confitures, et Franklin récitait tout d'une haleine la table de Pythagore. Il était le plus heureux des pères, le plus fortuné des hommes."

B- quel sens donné à cette énumération? Un sens comique:

Napoléon n'est plus l'empereur vénéré des Français, mais le fils un des héritiers du pharmacien;  Athalie, la terrible reine juive de la Bible, et de la tragédie racinienne en est réduite, pour se plier à la tradition homaisienne, à broder les fameux bonnets grecs de son père.

→Homais s'approprie la mythologie et la dégrade, la nivelle, à la lumière de ses propres valeurs.

III- Un triomphe qui se fait toutefois attendre pour la plus grande joie du lecteur: il signifie aussi la présence du narrateur.

Un lecteur qui voit Homais sombrer de plus en plus ds la bassesse…

A- il se signale tout d'abord aux autorités pour obtenir la croix d'honneur et fait allégeance complète au gouvernement. "Chaque matin, l'apothicaire se précipitait sur le journal pour découvrir sa nomination; elle ne venait pas. Enfin n'y tenant plus, il fit dessiner dans son jardin, un gazon figurant l'étoile de l'honneur, avec deux petits tordillons d'herbes qui partaient du sommet pour imiter les rubans." → ce jardin de Homais préfigure celui de Bouvard et Pécuchet, autre jardin de la bêtise.

B- mais comme ce roman est celui de la bêtise, le triomphe d'Homais à la fin était assuré!

"Depuis la mort de Bovary, trois médecins se sont succédés à Yonville sans pouvoir y réussir, tant M. Homais les a tout de suite battus en brèche. Il fait une clientèle d'enfer; l'autorité le ménage et l'opinion publique le protège.

Il vient de recevoir la croix d'honneur."

Conclusion:

Happy end pour bourgeois qui voit triompher leur idole ou, plutôt, digne fin de ce roman de l'incompétence et de la bêtise? Le triomphe du pharmacien Homais sur le médecin Bovary est celui de l'usurpation du plus incompétent qui ne doit sa clientèle qu'à sa tranquille assurance.

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