Le rêve

D'après une étude publiée dans 40 questions/40 réponses/4 études - ellipses

Breton écrit en 1924  : " je crois à la résolution future de ces deux états, en apparence si contradictoires, que sont le rêve et la réalité, en une sorte de réalité absolue." Dès le début du mouvement, les surréalistes provoquent des endormissements et des réveils afin de mieux saisir ce qui se passe durant cette phase d'abandon qui permet d'accéder à l'inconscient.

L'inconscient accessible:


C'est en cherchant à accéder à cette partie de nous-mêmes qui reste dissimulée dans les tentures du jour que les surréalistes ont donné plus de liberté à leur poésie et à leurs oeuvres.

Dans "Femmes portatives" Éluard écrit " je n'aime pas mes rêves mais je les raconte/ et j'aime ceux des autres quand on me les montre": il confirme ici la complexité du monde onirique et la difficulté que l'on rencontre en voulant se pencher sur ses propres rêves. Dans le même temps il nous fait comprendre que le rêve est plein de sens, qu'il nous donne la possibilité, de saisir chez soi et chez les autres, une vérité enfin débarrassée des haillons du jour.

Le rêve est utile car il permet d'atteindre l'inconscient comme l'exprime Freud : "nous savons que les rêves intelligents et raisonnables sont la réalisation non déguisée d'un désir; en d'autres termes que le désir dont il nous montre la réalisation complète est un désir reconnu par la conscience, insatisfait dans la vie quotidienne, mais parfaitement digne d'intérêt." Par le rêve, le poète reconstruit un monde qui lui ressemble, un monde qu'il peut peupler d'"arbre rose", de "plante-aux-oiseaux" ou de plante "feu d'artifice". Grâce au rêve, tout devient possible.

Le rêve ou l'abolition des frontières:

Dans le poème "Rêve", la place de l'onirisme est directement exprimée dès le titre, conduisant le lecteur à mieux appréhender le dessin représentant une ville moderne, survolée par une locomotive semblant vouloir s'écraser.

Les rêves permettent de gauchir la réalité, de l'apercevoir sous un autre angle, mais aussi de superposer à cette réalité un ailleurs fantasmé. En écrivant "la tour Eiffel est penchée",  Paul Éluard transforme la réalité mais ne la remplace pas, il lui donne une apparence merveilleuse qui la rend plus belle.

Le rêve comme illumination:

 Pierre Reverdy écrit: "Ce que j’appelle rêve...état où la conscience est portée à son plus haut degré de perception." Paul Éluard écrit pour sa part "C'est l'intelligence, l'éveil qui tuent; /c'est le sommeil qui rêve et voit clair."

Un éclairage du monde:

Éluard, Aragon et Desnos, écrivent dans Deuil pour Deuil "la surprenante métamorphose du sommeil nous rend égaux aux dieux."

En accédant au monde onirique, le poète peut s'ouvrir une porte sur la connaissance de sa propre existence.

→Paul Éluard s'en fait l'écho ds Médieuses: "A force de rêver de moi le long des murs/ Tu me vois tu m'entends"  →le rêve construit un pont entre le jour et la nuit.

Dans "Rêve", " Petit jour je rentre" montre que la vie ne se déroule pas dans le rêve mais bien dans la réalité. Les surréalistes n'ont jamais perçu le rêve comme la "vraie vie" mais comme un autre pan de l'existence. Un pan complémentaire qui nous est indispensable mais qui ne peut absolument pas se substituer au réel.

Une nouvel création:

La poésie peut dès lors jouer avec les atmosphères, les mots, les formes et les images, délivrés par ce monde onirique. Le lyrisme onirique teinte les vers de couleurs changeantes, plus éclatantes ou plus sombres, car plus en accords avec les sensations des artistes qui s'abreuvent du rêve.

Éluard écrit ainsi : "il nous faut peu de mots pour exprimer l'essentiel; il nous faut tous les mots pour le rendre réel" →le passage de l'imaginaire au réel est délicat et c'est là tout l'enjeux de la poésie qui permet justement de créer un univers à mis chemin entre le réel et l'imaginaire.

En accédant aux images oniriques et en les apprivoisant, le poète peut nourrir sa poésie d'une nouvel luminosité, qui lui permet d'oser des rapprochements jusqu'alors impossible.

→"Plante aux oiseaux", le dessin de Man Ray, illustre cette entreprise qui permet de concilier de manière métaphorique un arbre et des oiseaux, ouvrant ainsi les portes du monde onirique aux spectateurs.

Et Paul Éluard fait de même quand il écrit " l'élan de la graine de force/ l'élan de l'arbre muet qui tient tête à la terre."

La lumière qui transparait dans ces deux œuvres est rendue possible par la maîtrise des images oniriques qui les nourrissent. Cela permet de concilier l'inconciliable en unissant la réalité et l'onirisme, ds cette surréalité appelée par Breton. "Le rêve, manger l'immangeable / sortir fier d'un palais penaud" écrit à sa manière Eluard à la fin de "Main et fruit".

Une poésie libérée:

Dans "Rêve", Éluard ne craint pas de jouer avec le réel, de le déformer, pour mieux rendre compte de son activité onirique:

"La tour Eiffel est penchée

Les ponts tordus

Tous les signaux crevés"

 

On peut ainsi affirmer qu'il n'existe pas une poésie onirique mais plusieurs, selon les rêves de chacun des artistes et les univers riches en images qu'ils nous livrent.

 

 

 

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