séance 2 Man Ray

Man Ray, les surréalistes

De son vrai nom Emmanuel Radenski, ce peintre américain est né à Philadelphie en 1890. Après des études d’architecture, de mécanique et de dessin industriel, il choisit la carrière de peintre en 1907, avant de rencontrer Marcel Duchamp et Francis Picabia à New-York en 1914. Il devient le correspondant dada américain en 1917 et participe activement au développ du mouv en s’essayant non seulement à une peinture nouvelle et révolutionnaire, mais aussi à la photographie.

→il va développer les deux aspects de son art en parallèle, sans jm donner la préférence à l’un sur l’autre comme en témoignent ses tableaux A l’heure de l’Observatoire, les amoureux (1932-1934) :

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ses dessins du recueil Les Mains libres, ses photographies de Nusch,

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ou le violon d’Ingres :

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Dans ses mémoires, Man Ray raconte qu’Alice Prin, dite Kiki de Montparnasse, refusait de poser pour lui, parce que, disait-elle, "un photographe n’enregistrait que la réalité". Relatant sa réponse à Kiki, il poursuit: "Pas moi… je photographiais comme je peignais, transformant le sujet comme le ferait un peintre. Comme lui, j’idéalisais ou déformais mon sujet". Le Violon d’Ingres illustre particulièrement ces propos évoquant une photographie à mi-chemin entre la peinture et la reproduction mécanique.

Le corps de Kiki vu de dos ainsi que la position de sa tête, coiffée d’un turban oriental, rappellent les baigneuses de Ingres, par exemple le personnage situé au premier plan du Bain turc, référence suggérée à Man Ray par la perfection du corps de la jeune femme qui, dit-il, "aurait inspiré n’importe quel peintre académique".

Grâce aux deux ouïes dessinées à la mine de plomb et à l’encre de Chine sur l’épreuve, le corps est ici métamorphosé en violon. Si Man Ray joue avec l’expression populaire "avoir un violon d’Ingres", c’est-à-dire un hobbie, qui rappelle qu’Ingres était un fervent violonniste, il entend aussi révéler l’érotisme de la jeune femme et sa propre passion: elle est son violon d’Ingres. Le photographe évoque ainsi le thème de "l’amour fou", qu’André Breton explore à son tour dans l’ouvrage éponyme de 1937.

Enfin, le rapprochement d’un corps de femme et d’un violon illustre le principe de la rencontre insolite cher aux surréalistes. À cet égard, cette photographie est publiée pour la première fois en juin 1924 sur la page de garde du numéro 13 de la revue d’André Breton et Philippe Soupault, Littérature, et a longtemps appartenu à Breton.

Man Ray n’hésite pas non plus à jouer avec des collages :

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Cette série de collages intitulée « Revolving Doors » a été réalisée à base de papier translucide coloré dans les années 1916-1917 par Man Ray alors qu’il découvrait à peine la photographie.

Il intègre aussi du texte à ses photos images comme Dancer :

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 Peinture à l'aérographe sur verre dans un encadrement en bois. Titré au centre : Danc/ger ; marqué en bas au dos : L'impossibilité. Datée de 1917-1920.

« Mon dernier tableau, peint au pistolet, représentant des roues dentées qui m'avaient été inspirées par les girations d'une danseuse espagnole que j'avais vue dans une revue musicale. Le titre faisait partie de la composition. On lisait soit DANSEUR soit DANGER (il n'y a, en anglais, qu'une seule lettre à changer entre "dancer" et "danger". » Man Ray (Autoportrait, Paris, Robert Laffont, 1964, p. 93).

→l’œuvre de MR donne accès à un monde original, plein d’expérimentations et de travail minutieux.

Il arrive à Paris en 1921, où il rejoint les dadaïstes, parmi lesquels Breton, Eluard, Aragon et Soupault qui sont heureux de le rencontrer et de découvrir ses œuvres qui incarnent à leurs yeux parfaitement l’esprit dada.

Mlg cet enthousiasme, il ne vend aucun tableau et ne se consacre bientôt plus qu’à la photographie : il devient le photographe de ses amis et de leurs compagnes.

À la dissolution du mouv dada, il rejoint les surréalistes, reprend la peinture et participe à de nombreuses expositions. Breton fait de lui l’un des principaux peintres du surréalisme et il le guide vers le travail sur l’incs. → MR expérimente alors une peinture automatique, puis réalise plrs films: Emak Bakia (1926), Anemic Cinema (1926), L’Etoile de mer (1928) et les Mystères de Dé (1929) → nouvelle esthétique et expérimentation des rapports entre l’incs et l’imagination.

Ds sa peinture, on perçoit les influences multiples de Marcel Duchamp, Chirico ou Magritte, sans qu’il devienne un peintre majeur du mouv. En revanche il apporte une fraîcheur nouvelle à la photographie notamment grâce à ses nombreuses expérimentations à l’utilisation de techniques co la rayographie et la solarisation.

la rayographie : révélée à lui lors d’une erreur de manipulation, lq il a glissé par erreur une feuille photosensible ds le bac de révélateur sous une lumière allumée, y imprimant un verre gradué et un thermomètre.

la solarisation : elle permet d’intégrer de la peinture ds la photo, autorisant ttes les retouches possibles afin de lui donner un nouvel aspect.

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→ Man Ray aime à le répéter : ce sont ses fantasmes qu’il photographie. En 1932, il réalise « Les Larmes ». En gros plan, Man Ray photographie un œil. Les longs cils maquillés nous indiquent, sans équivoque, que c’est bien l’œil d’une femme ,en pleurs, les larmes étant figurées par des perles de verre.
Depuis sa rencontre avec son assistante et amante Lee Miller en 1929, les photographies de l’artiste se font explicitement érotiques lorsqu’elles ne sont pas pornographiques. Alors qu’à la même époque l’œuvre de Sade est redécouverte, Man Ray met en scène des femmes attachées, torturées…des femmes sexualisées qui souffrent. Au-delà de l’hommage à Sade et des références à ses propres fantasmes, le photographe surréaliste traite du thème éternel de Eros et Thanatos, quand désir et pulsion de mort ne font qu’un.

Paul Eluard lui dédie plrs poèmes, notamment un ds la Rose publique qui porte le nom du photographe :

Man Ray

« L'orage d'une robe qui s'abat

Puis un corps simple sans nuages

Ainsi venez me dire tous vos charmes

Vous qui avez eu votre part de bonheur… »

Il en fait également un beau portrait en introduction au recueil LML ds lq ilillustre ses dessins : « Le dessin de Man Ray : toujours le désir, non le besoin. Pas un duvet, pas un nuage, mais des ailes, des dents, des griffes. » « Man Ray  dessine pour être aimé. »

Breton et Eluard lui donne une place ds leur Dictionnaire abrégé du surréalisme.

Il accompagnera le mouv jsq à sa fin, sans faire aucune vague, sans se fâcher avec personne, co il le déclare à Sarane Alexandrian en 1972 : « Avec les surréalistes je n’ai jm eu de démêlés : je leur faisais confiance et ils me faisaient confiance. » il vivait avec en toute amitié, cherchant la même liberté qu’eux, le même accès au bonheur, à l’illumination.

Il meurt à Paris en 1976.

 

Les dessins des Mains libres, Man Ray les a réalisés au cours des années 1936-37 alors qu’il voyage dans le Sud de la France et en Cornouailles, et c'est à partir d'eux qu'Éluard a composé ses poèmes.

L’ensemble que forment poèmes et illustrations sont un écho de la manière dont est vécu l’acte créatif chez les surréalistes.

→Les dessins de Man Ray sont issus des croquis réalisés au cours de ces deux années de voyage sur un carnet qu’il conserve auprès de son lit. Il pousse ainsi très loin l’expérience du dessin automatique, créant ses esquisses le soir avant de s’endormir et le matin, quand au réveil ses rêves lui reviennent à l’esprit. «Dans ces dessins, mes mains rêvent» dit Man Ray à propos des Mains Libres.

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 L'évidence, Les Mains libres

Au fil des pages, Man Ray convoque tout un cortège d’images hétéroclites issues de sa mythologie personnelle ou plus largement partagées par le clan surréaliste, assemblées dans des compositions évoquant le cadavre exquis. Certaines gravures témoignent de l'influence de Giorgio de Chirico tandis que d'autres font directement écho aux propres photographies de Man Ray.

 

Le recueil est aussi une célébration de l’amitié qui lie Man Ray à Eluard, depuis leur rencontre dans le Paris des années 20. D’une première collaboration entre eux était né Facile, recueil de poèmes et de photographies dont Nusch la «Berlinoise», le nouvel amour d’Eluard, forme le motif central. Les deux hommes ont une même foi dans le pouvoir de l’art, de la poésie et de l’imagination, et pour Eluard «le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré». Par un jeu d’évocation et d’écriture automatique, mêlant une langue d’une grande pureté à un vocabulaire plus provocateur, les poèmes se combinent aux dessins et viennent démultiplier les interprétations possibles.

 

Annexes :

Le cadavre exquis→ Le Dictionnaire abrégé du surréalisme donne du cadavre exquis la définition suivante : « jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu'aucune d'elles puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes. » Ce jeu littéraire a été inventé à Paris, au 54, rue du Château, dans une maison où vivaient Marcel Duhamel, Jacques Prévert et Yves Tanguy[]. Le principe de ce jeu était que chacun des participants écrive à tour de rôle une partie d'une phrase, dans l'ordre sujet-verbe-complément, sans savoir ce que le précédent a écrit. La première phrase qui résulta et qui donna le nom à ce jeu fut « Le cadavre – exquis – boira – le vin – nouveau ». 

Il n'était au départ qu'une activité ludique, selon André Breton : « Bien que, par mesure de défense, parfois, cette activité ait été dite, par nous, « expérimentale », nous y cherchions avant tout le divertissement. Ce que nous avons pu y découvrir d'enrichissant sous le rapport de la connaissance n'est venu qu'ensuite. » (Médium, no 2, 1954)

 

l’art surréaliste, qq illustrations :

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 Man Ray, objet indestructible, 1964, réplique de l'objet à détruire de 1923, MoMA, New York

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Magritte, Faux miroir, 1929

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Man Ray, Les Mains Libres, Femme portative

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Dali, étude pour l'armoire anthropomorphe, 1936

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Breton, Lamba et Tanguy, cadavre exquis, 1938, National Galleries of Scotland

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Man Ray, Les Mains Libres, autoportrait

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Man Ray, portrait d'André Breton (solarisation), 1929

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 Chirico, Le Chant d'amour, 1914, MoMA, New York

 Qq photos de MR :

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Autoportrait, années 20

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Tristan Tzara

 

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Lee Miller

En 1929, elle quitte l'Amérique pour Paris et fait la connaissance de Man Ray avec qui elle vit et auprès de qui elle apprend le métier de photographe

→« Pendant les trois ans qui précédèrent la dernière guerre, nous nous retrouvions tous les étés sur les plages du Midi, comme une famille heureuse : moi et mon amie Adrienne, le poète Éluard et sa femme, Nusch, Roland Penrose et sa future femme Lee Miller, enfin Picasso avec Dora Maar et son afghan, Kasbeck. Nous habitions tous à la pension des Vastes horizons, dans la campagne de Mougins, au-dessus d’Antibes. Nous prenions nos repas sous une tonnelle de vigne. Le matin nous allions à la plage, nous déjeunions sans nous presser, puis nous nous retirions dans nos chambres pour faire la sieste, et peut-être l’amour. Mais nous travaillions aussi. Le soir, Éluard nous lisait son dernier poème, Picasso nous montrait un portrait de Dora aux yeux étincelants, quant à moi, je m’étais engagé dans une série de dessins extravagants mais réalistes, qui parurent plus tard dans un livre intitulé Les Mains libres, illustré par les poèmes de Paul Éluard. […]

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Kiki de Montparnasse

 

 

 

 

 

 

 

 

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